Eloge de la Fuite. Henri Laborit

Par hasard, j’ai vu le film « Mon oncle d’Amérique » d’Alain Resnais.
mononcle d'amerique
Les scènes du film sont entrecoupées par des interventions du biologiste Henri Laborit. Honte sur moi! Je ne connaissais pas le monsieur. Il est pourtant mort en 1995! Il explique quelques unes de ses études sur la biologie du comportement et conclut par: «Tant qu’on n’aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent et tant que l’on n’aura pas dit que jusqu’ici cela a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chance qu’il y ait quoi que ce soit qui change. »
Interloquée, je me suis intéressée au bonhomme qui a eu un parcours très atypique et a refusé les étiquettes. Il a fait de la recherche fondamentale mais a écrit aussi des bouquins! J’ai donc commencé la lecture de « L’éloge de la fuite ». C’est amusant car le mot fuite a pour moi une connotation négative. Pour moi, la fuite c’est « on fuit ses responsabilités » « on fuit la réalité »… Mais comme j’essaye de m’en sortir (!!) et surtout de sortir mon cerveau de tout ce fourbi de Bien-pensance moisie qu’on m’a inculqué à coup de pioche et de surdose de télévision, j’ai acheté le livre et je l’ai même lu!
Donc pour Laborit, La « fuite », c’est la recherche de « l’autre voie », celle qui n’est pas déjà toute tracée par tout le patrimoine qu’on nous a légué : apprendre à être « un enfant normal » qui ne perturbe pas la classe, bien écouter ce que dit papa et maman pour bien reproduire leur shéma et leur modèle de vie, le reproduire encore et encore sans dévier sans prendre la « fuite ». La fuite c’est pour lui « la création, la fuite de la vie quotidienne, une fuite des réalités sociales, des échelles hierachiques, une fuite dans l’imaginaire »! Bon donc la fuite dans son univers, ce n’est pas du tout négatif c’est même salvateur! Dans le mien, le mot vient de sortir de la case dans laquelle il était rangé depuis des années… Le livre est organisé autour de plusieurs thèmes: Une idée de l’homme, la liberté, le travail etc…
Certains passages m’ont scotché sur place, comme celui sur « l’amour », je cite son texte:
« Il couvre d’un voile prétendument désintéressé, voire transcendant, la recherche de la dominance et le prétendu instinct de propriété. C’est un mot qui ment à longueur de journée et ce mensonge est accepté, la larme à l’oeuil, sans discussion par tous les hommes. Il fournit une tunique honorable à l’assassin, à la mère de famille, au prêtre , aux militaires, aux bourreaux, aux inquisiteurs, aux hommes politiques,. (…) Le mot d’amour se trouve là pour motiver la soumission, pour transfigurer le principe du plaisir, l’assouvissement de la dominance. Je voudrais essayer de découvrir ce qu’il peut y avoir derrière ce mot dangeureux, ce qu’il cache sous son apparence mielleuse, les raisons millénaires de sa fortune. (…) »
Ce passage met en forme, ou en mot la méfiance que je ressens vis à vis de l’ÂMOUUUUURRRR depuis des années. Dans le cadre familial le chantage affectif est un ciment bien costaud qui nous empêche d’évoluer et suivre notre chemin à notre guise. Dans le cadre de la vie politique et sociale, le côté dégoulinant et l’appel à l’affectif et pas vraiment à notre réflexion, hein (!) me fait franchement vomir. La manipulation faites au nom de « notre bien » pour nous « sauver » est souvent obscène!
je retranscris ici mon ressenti qui ne sera surement pas le vôtre et c’est ça qui est bien !
Je m’en vais lire son autre livre « la nouvelle grille ».
Bonne lecture!

2 commentaires sur “Eloge de la Fuite. Henri Laborit

  1. Intéressant cet article, ça m’interpelle..
    Tout d’abord, cela me donne envie de lire cet éloge de la fuite (et j’avoue avec un soupçon de honte non dissimulé que je ne connais pas non plus henri laborit….bouhhh!! bouhhh!!).
    Ensuite de voir le film (là ça se corse parce que j’ignore comment et où).
    Enfin, pour moi, la fuite s’est longtemps résumé à l’évitement de ses responsabilités, de la réalité, comme tu le décris, jusqu’au jour où j’ai dû pratiquer la fuite « physique » d’un lieu géographique pour sauver ma peau car pas d’autre choix…et c’est à ce moment que je me suis rendue compte que fuite égale liberté (et donc que c’est tout le contraire de l’évitement, mais une totale prise en compte de ses responsabilités justement, vis à vis de soi-même, alors que jusque là je ne répondais que à ce qu’on attendait de moi -famille, société etc-).
    Et deuxième enfin à propos de « l’âmouuuuurrr »: je te rejoins assez dans tes propos et ta méfiance….ça me fait penser aussi par extension à la petite phrase parfois tacite et parfois clairement énoncée « c’est pour ton/votre bien »…ahahah!! Pour moi, l’amour (le vrai?) se serait un truc (sentiment?) absolument inconditionnel et total…une bienveillance doublée d’absence de jugement-projection-d’attentes….et ayant pour « objet » tout (pas seulement des êtres animés, mais aussi la nature au sens large, mais aussi des idées, des abstractions…) J’ai trouvé dans une lecture traitant du bouddhisme quelque chose qui se rapproche de l’idée que je m’en fais et qui revêt un côté spirituel je dirais (mais le côté catho-Jésus-qui-porte-les-pêchés-de-tous-etc euh non très peu pour moi!!).
    Cependant je m’interroge sur ce sentiment d’amour lorsqu’il est dirigé vers ses propres enfants (ceux qu’on fait soi-même): pas une évidence pour toutes les mères à mon avis, ni vis à vis de tous les enfants non plus j’imagine, mais est-ce qu’il y aurait quand-même un aspect viscéral? Comme je n’aurais pas l’occasion d’éprouver ce truc par moi-même, ça restera un mystère!

    merci pour ton blog que je découvre tout juste et dont j’apprécie la variété des articles
    (et la nouvelle grille, ça donne quoi?)

    • Merci à toi pour ton commentaire! C’est toujours sympa d’avoir des retours!Tu peux voir le film, ici: https://www.youtube.com/watch?v=FQcC-VB_W-s
      Je n’ai finalement pas lu la Nouvelle grille.Je suis partie dans d’autres lectures:)
      ça fait un petit moment que j’essaye de trouver « mon » chemin et de déconstruire plein trucs que j’avais intériorisé. Y’a du boulot!! 🙂
      Bonne route à toi!

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