//LECTURE// Le syndrôme du bien-être

Allez hop une nouvelle catégorie //LECTURE// sur le blog avec quelques lignes sur le livre: Le syndrôme du bien être.

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Qui l’a écrit ?

Carl Cederström est un chercheur suédois, enseignant à la Stockholm Business School et spécialisé dans l’étude du contrôle social et de la souffrance au travail.
André Spicer est professeur à la Cass Business School à Londres.
Je ne connaissais pas du tout ces auteurs. J’ai eu envie de lire leur livre avec l’article : Sois bien et tais toi publié dans le Temps :https://www.letemps.ch/societe/2016/04/23/sois-bien-tais-toi
La version française est publiée aux éditions L’échappée, dans la collection : « En finir avec ».

Ça parle de quoi ?

A travers différents thèmes ou exemples, les auteurs analysent comment un monde atteint du syndrome du bien être (Sois-bien-c-est-un-ordre) effacent les inégalités structurelles, systémiques et met en avant la seule responsabilité individuelle. Cette responsabilisation à outrance des individus débouche sur de l’anxiété, de la culpabilité et occulte une vision plus globale, sociologique de nos parcours.

Pour reprendre quelques uns des exemples développés par les auteurs :
Le haut pourcentage de chômage est une caractéristique intrinsèque à nos systèmes économiques « en crise ». (n’a il pas la fonction de pressuriser les actifs ??!). Mais dans un monde atteint du syndrome du bien être : le chômeur semble pleinement et seul responsable de son état et il reçoit toutes sortes d’injonctions : il faut vous reprendre en main, prendre un coach, faire des stages pour devenir plus dynamique, devenir un gagnant… Je lis ou entends tous les jours des articles dans les médias qui traitent malheureusement le chômage sous cet angle…

Ils parlent aussi du « management du bonheur » : selon l’OMS ( ?!*) et d’autres partisans de cette idéologie managériale : heureux nous sommes plus productifs. De grandes sociétés comme Google mais aussi des responsables politiques (D. Cameron est cité dans l’ouvrage) ont détourné cette idée. Pour le bonheur de ses employés, Google a mis en place une salle de gym gratuite, une super restauration (…) tout en continuant de les exploiter et de les employer dans des conditions de précarité. N’est il pas encore plus compliqué de réclamer des meilleurs droits du travail dans ce contexte ? Cette nouvelle idéologie du bonheur brouille les pistes et les rapports de force du monde du travail et à nouveau individualise les parcours : si tu n’es pas heureux, fais plus de yoga à ta pause déjeuner. Si tu n’es toujours pas heureux, nous trouverons certainement quelqu’un de plus motivé…

J’ai été particulièrement intéressée par le chapitre 5 sur la maladie. Quand elle est bénigne et de courte durée, la maladie peut apparaître tout d’abord comme une pause dans des quotidiens parfois harassants entre travail, famille et autre hyper-activité. Mais certaines idéologies comme « l’homme fabrique lui même sa maladie » de Groddek renvoient assez vite le malade à sa responsabilité individuelle. A nouveau, il est responsable de son état de santé et de sa guérison. « De sorte qu’être malade devient pour ainsi dire un travail à temps plein ».
Etant atteinte d’une maladie chronique, j’ai rencontré de nombreuses personnes ayant adopté cette façon de pensée : « Et si tu faisais si et tu faisais ça, ça irait mieux ; Avec la volonté, on arrive à tout » … J’ai vu beaucoup de malade et été prise moi même dans cette course pour le régime le plus adapté à ma pathologie ou contre la douleur : si j’essayais la sophro, le kiné, l’osthéo, l’hypnose et pourquoi pas l’acupuncture ?!!??
Pour finalement réaliser que j’étais en train de m’épuiser à chercher frénétiquement et vainement une solution à tous mes maux. Les auteurs concluent « Reconnaître nos limites et notre finitude nous permettrait de prendre conscience que nous pourrons jamais être parfaits et tout contrôler. » Et est ce que ce n’est pas finalement très libérateur ?
Prendre soin de soi est crucial, malade ou pas mais en reconnaissant ses propres limites, et non pas en voulant sans cesse les dépasser. Nous sommes tous sensibles aux injonctions : sois sportif, plus mince, plus musclé, dynamique, fort etc. Les auteurs permettent de déconstruire plusieurs de ces injonctions en décrivant les mécanismes du coaching, des régimes, ou des stéréotypes reliés dans nos médias.
Le livre se lit très facilement et est assez court, peut être un peu trop mais donne aussi  beaucoup de références qui m’ont donné plein de nouvelles envies de lecture, comme la maladie comme métaphore de Susan Sontag ou « Smile or Die » de Ehrenreich qui a aussi participé à l’écriture de Sorcières, Sages femmes et Infirmière. Une histoirE des femmes soignantes (qui est super-génial !!) .

Bonne lecture!

Références
* http://issuu.com/earthinstitute/docs/worldhappinessreport2013_online

 

2 commentaires sur “//LECTURE// Le syndrôme du bien-être

  1. Je lis beaucoup de choses en ce moment sur les thèmes du bien-être, de la positivité, de l’effet sur le mental et la santé. Je trouve ça très intéressant, mais c’est vrai qu’il ne faut pas tomber dans le travers de la culpabilisation de celui qui va mal. Pour le management, je suis plus partagée. Obtenir de meilleurs salaires et conditions de travail, évidemment qui est contre ? Mais si les entreprises se mettaient au moins à favoriser le bien-être des salariés par de meilleures installations, une ambiance plus détendue, ce serait pour certains moins violent de se lever chaque matin. Bref, je ne sais pas si je suis très claire mais le bien-être c’est bien, en abuser ça craint. 🙂

    • Je suis tout à fait d’accord 🙂
      Je lis beaucoup de choses et essaye toujours de trouver ma voie vers le bien-être, MA voie dans le sens selon mes conditions physiques, financières etc… Par exemple, la pratique du « self-care » est très importante pour moi : mais ce n’est pas une journée au SPA!!! Ma définition: c’est avoir le temps de me reposer, dormir, reprendre des forces….
      Pour le management, aussi! Plus de bien-être pourrait passer par des crèches, des meilleures infrastructures etc… Malheureusement il y a des fois une dérive vers plus de précarité maquillée par une « ambiance » et un « cadre » de travail qui semble « cool » et « sympa » mais qui est en fait très violent, car très précaire. Je pense que c’est cette dérive qui est dénoncée par les auteurs. Je l’ai compris comme cela. Et dans tout ce cool et ce sympa, on a du mal à exprimer sa colère, ou sa colère face aux injustices, et précarité!En cas de problèmes au boulot, une autre dérive dénoncée par les auteurs est également: de remettre toujours la faute sur l’individu, et ses capacités individuelles et ne pas remettre en question la structure, le système précaire ou….
      Merci de ta lecture et du commentaire!

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