J’ai perdu mon utérus dans la bataille

 Du punk féministe en bande son

Utilisatrice 42 l’a fait pour son super article sur tricot & féminisme (Tricot, Féminisme)

Et j’ai trouvé ça juste trop super cool ! Du coup si je suis inspirée, je vous mettrais des bandes sons pour mes articles !

Donc pour celui là, j’ai choisi « Rebel Girl » du groupe punk féministe Bikini Kill. Donc oui je vous préviens, si vous n’êtes pas habitués, vos tympans vont peut être se crisper un peu à l’écoute.

Mais cet article est sur la perte de mon utérus dans la bataille contre l’endométriose. Donc bon ça vaut bien un petit morceau de punk !

 

 

Hystérectomie dans la prise en charge de l’endométriose.

Donc je n’ai plus d’utérus depuis le mois de juillet dernier ! Et non je n’ai pas fait exprès d’être raccord avec l’actualité d’Enora. Et non l’ablation de l’utérus n’est pas une garantie de guérison pour l’endométriose. Je l’ai déjà dit sur le blog et je le redis ! C’est une décision qui ne pourra être qu’un compromis pour essayer d’améliorer certains symptômes. Ce n’est pas magique, cela ne guérit pas l’endométriose. Dans mon cas, cela faisait plusieurs années que j’y réfléchissais, et plusieurs mois que l’on pesait le pour et le contre avec le chirurgien qui me suit. Je n’ai pas envie de donner les détails de mon dossier médical ici. Mais plusieurs de mes symptômes étaient dues à l’adénomyose (endométriose localisée sur l’utérus). J’ai aussi des lésions ailleurs. Je savais donc que ce serait au mieux une amélioration de mon état de santé. Mais mon état s’est beaucoup dégradé ces derniers temps. Et j’ai pris la décision en concertation avec les soignants de faire cette intervention. Et voilà en juillet, j’ai subi une intervention pour ablation de mon utérus qui a confirmé son piteux état et l’excision de plusieurs autres lésions à différents endroits de ma région pelvienne.

Dans cet article, je vais surtout parler de mon utérus et de ce que ça me fait de ne plus en avoir !

Je pensais avoir tout connu niveau douleurs post-opératoires et autres. Bon ben j’ai douillé quand même!!! La convalescence est longue. Six mois après, si je soulève pleine d’élan un gros sac de course. Oups Aie ouille ! Si je fais trop de voiture, Oups Aie ouille ! Certains symptômes ont disparu. Mon état n’est pas encore stabilisé, j’ai des RV prévus en janvier… Bref j’insiste sur ce point car j’ai fortement tendance à l’oublier: une intervention ce n’est pas juste un acte chirurgical et quelques jours d’hospitalisation. Le temps de récupération est long. J’ai aussi l’impression que comme cet acte est relativement fréquent, il est un peu banalisé lorsqu’on recherche des infos dessus sur le net.

Je n’ai pas d’enfant.

J’avais envie d’écrire ce paragraphe car je me retrouve souvent peu dans les témoignages trouvés sur le sujet. Je les trouve souvent un peu binaire : soit la personne a désiré avoir un enfant et n’a pas pu en avoir pour différentes raisons, soit elle ne voulait pas d’enfant, par un choix fort et affirmé dés son plus jeune âge. Chez moi, ce ne s’est pas passé comme ça. (Y’a un » je » dans le titre, c’est un de ces articles dans lesquels je parle de mon expérience personnelle, de moi, de moi et encore de moi!).

Dans mon plus jeune âge, on va dire vers 20 ans, mon unique modèle était celui de mes parents. Et donc un couple hétéro-normé, marié très jeune, avec plusieurs enfants, et une existence sociale très fortement ancrée à travers tout ça. Donc ben je pensais que j’allais faire pareil. A 20 ans, plusieurs personnes dans mon entourage exprimaient leur désir d’enfant. Je me souviens que je me suis posée la question et que je l’ai remise pour mes 30 ans. Du coup à 30 ans, c’est revenu sur le tapis de mes questionnements intimes et incessants, et en fait le résultat, c’est que j’ai réalisé que je ne vivais pas du tout comme j’avais envie de vivre. J’essayais de toutes mes forces et désespérément de coller au modèle parental. Oui l’imprégnation du modèle parental, c’est quand même un truc assez robuste, ça commence dés tes premières heures de vie !! Il y a des gens qui ont une force extraordinaire et vont à son encontre tout de suite. Moi, ça me prend en général des années. Je crois que c’est pour cela que le travail d’Amandine Gay et la reprise en main de la, de sa narration de son vécu m’a tant marqué. J’invalide la plupart de mes ressentis de façon plus ou moins inconsciente. Et cela me prend des années pour les re-trouver !

Bon donc à 30 ans, je me suis sortie du guet-apens dans lequel je m’étais fourrée ! Les questionnements ne se sont pas arrêtés. Tout le monde semblait désirer avoir un enfant, est ce que quand même je ne devais pas en faire un? Et un beau matin, j’ai oublié, j’avais fait le tour de la question…OUF ! C’était fini !

Je me retrouve assez dans le récit de Gwenn Seemel : Childless_sansenfant_childfree

Cela m’a pris des années pour devenir « child free » pour ne plus être sensible aux blagues sur ma non-maternité ou autres… Si vous avez des articles intéressants là dessus, ça m’intéresse !!

Et donc pour revenir à mon utérus ou non-utérus, dans ma grande innocence, je pensais que comme ses questionnements étaient derrière moi, ben je n’aurais pas de période de deuil après l’opération! La symbolique toute concentrée dans nos utérus est tellement forte, qu’en fait si !

J’ai vraiment eu et je suis toujours dans une période de deuil et d’acceptation par rapport à l’ablation de mon utérus. Et en fait même si je n’ai pas d’enfant, cela reste une partie de moi que j’ai perdu pour essayer de vivre un peu mieux avec l’endométriose. Cela m’a chamboulée, affectée !

Même dans le podcast féministe que j’adore La poudre, Lauren Bastide questionne les invités sur leurs relations avec leur utérus. Vu la charge symbolique contenue dans cet organe, je comprends la question. Certaines invitées ont répondu que leur créativité réside dans leur utérus. J’ ai écouté cet épisode pendant ma convalescence et j’avoue que j’ai un peu, beaucoup vociféré dans mon canapé quand j’ai entendu cette réponse.

Euh ! Mince alors ! Cela doit être une métaphore, j’imagine! Mais oui depuis que je n’en ai plus. Je ne les vois plus du tout de la même façon ces métaphores… J’ai beaucoup parlé des ces métaphores et leurs dangers potentiels dans cet article : Endométriose&métaphore

Donc voilà même, si je n’ai pas d’enfant, et jamais essayé d’en avoir, que je ne plaçais pas ma féminité (c’est quoi ce truc ?!), ou ma créativité dans mon utérus, perdre une partie de moi dans la bataille contre l’endométriose. Ce n’est pas simple.

Prenez soin de vous

Pour en savoir plus

* Sur les Bikini kill et les riot grrrls, vous pouvez lire le super livre de Manon Labry : Riot Grrrls aux éditions la découverte

* Amandine Gay, son blog : Blog Amandine Gay ; et la bande annonce de son documentaire Ouvrir la Voix : Ouvrir la voix

* Sur Gwenn Seemel : http://www.gwennseemel.com/

* Les supers podcasts inspirants de Lauren Bastide : La poudre

 

 

5 commentaires sur “J’ai perdu mon utérus dans la bataille

  1. Merci pour ton récit. Comme tu le dis l’endométriose a été la plus forte et cela est désolant d’en arriver à devoir se séparer de son utérus pour moins souffrir, qu’on veuille 1 enfant ou non d’ailleurs car le constat est le même on nous retire un organe et ce n’est pas anodin. J’espère pouvoir revivre après cette operation car ces années avec utérus et désir d’enfant m’ont épuisé physiquement et moralement. Mon chirurgien me disait qu’au bout d’1 mois je pourrai porter cela me paraît optimiste en te lisant. Je vais essayer d’être vigilante pendant ma convalescence pour reprendre le travail 1 mois après sans trop forcer. Peux-tu me dire où t’es tu fait opérer et si c’est aussi par coelioscopie ?
    Prends bien soin de toi 😘

  2. J’ai repris après 6 semaines de convalescence. Après 1 mois j’avais encore trop de douleurs à la marche et surtout en voiture. C’était pas franchement la grande forme!
    J’ai été opérée par coelioscopie, sur Toulouse avec une grande confiance dans le praticien. Je pense que pour porter, les recommandations c’est effectivement 1 mois. Mais oui dés que je force même maintenant je le sens.
    J’espère que tu auras du mieux! Niveau fatigue, j’ai beaucoup beaucoup gagné. La personne qui vit avec moi m’a dit que j’avais perdu mon « rictus d’épuisement ».
    Bon courage.

  3. Rictus d’épuisement! I am so sorry, friend! ❤

    Le côté symbolique de l'utérus est compliqué, c'est vrai, et c'est intéressant de lire ta description. J'ai ressenti un peu ce dont tu parles en perdant un ovaire. Ce n'est pa la même chose, mais perdre un organe (n'importe quel organe?) invite un petit tour dans le métaphorique pour mieux comprendre, je crois.

    Sending you *gentle* hugs!

  4. Ça m’interroge beaucoup cette symbolique autour de l’utérus. Je ne l’ai jamais ressenti, et ça me questionne. Pour moi c’était tellement lié aux douleurs, que m’en débarrasser était un soulagement. 4 ans après, je ne le vois toujours pas comme une perte immense. Le renoncement à l’enfant avait déjà été fait avant. Peut-être aussi que le fait que l’hystérectomie ait été faite en même temps que d’autres organes, et surtout l’intestin, a « noyé » cette ablation, dont les conséquences étaient moindres par rapport à la stomie ou la sonde urinaire.
    J’espère que tu vas mieux avec le temps.

    • Merci pour ton commentaire! Ah oui intéressant, que tu ne l’aies pas ressenti. Et moi j’ai été surprise de la ressentir vu que je n’avais jamais essayé d’avoir un enfant!
      Nous sommes des êtres complexes 🙂

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s