Le deuil, le déni, et moi et moi et moi…

Alors pour la bande son de cet article, je vous propose Prohibition de B. Fontaine. Impertinence, défi des normes. Cela me fait du bien de l’écouter parfois quand je manque de force pour suivre mon chemin et pas celui d’un*e autre.

Et sinon dans cet article, je parle d’utérus, de deuil  alors si tu n’es pas à l’aise avec ça, ben passe ton chemin!

 

En juillet 2017, j’ai subit une troisième intervention chirurgicale pour l’endométriose. Je pensais que ça serait la routine. C’était la 3ème ! Mais j’ai énormément souffert physiquement. Je pensais aussi que: « moi la douleur ça me connaît !.. ». Ben, en fait non ! Le réveil de l’anesthésie a été terrible. J’avais très mal et j’étais prise de nausées jusqu’à l’insupportable. J’ai pleuré d’épuisement plusieurs fois à la clinique. J’y suis restée une semaine. C’était long, blanc, vide, chiant.

Je suis ensuite rentrée pour une convalescence de plusieurs semaines à la maison. J’avais des malaises, de la tachycardie. Tout était insupportable. Les vibrations de la voiture m’étaient insupportables jusqu’à plusieurs mois après l’intervention.

J’étais et je suis, en fait, toujours sous le choc. J’ai pas mal changé depuis cette intervention. Pas forcément en mal d’ailleurs.  Pendant plusieurs mois, j’ai eu des complications de cicatrisation sur ma cicatrice interne. Ce n’est pas comme avoir des complications sur une cicatrice au niveau du ventre (Trop trash pour vous raconter ici…) ce que j’ai aussi d’ailleurs.

Ceci n’est pas une liste de lamentations et de plaintes pour vous faire pleurer dans les chaumières. J’avais besoin de l’écrire et de me l’écrire pour arriver à la conclusion que oui je me sens épuisée moralement et physiquement. Depuis l’intervention, je me suis désengagée de presque toutes mes activités bénévoles et /ou militantes. Je n’ai pas non plus beaucoup écrit sur le blog. C’est beaucoup d’énergie. Je suis en mode survie, économie d’énergie. J’ai du mal à travailler, à fréquenter les autres et moi-même. Donc il fallait que je recentre sur moi, moi et encore moi. C’est partout sur les réseaux sociaux, les blogs etc. Il faut prendre soin de soi, se faire passer en premier. Bien sûr, je le sais ! Et j’essaye depuis un moment déjà d’y travailler. Mais c’est franchement compliqué! D’abord il y a cette lancinante culpabilité, et toutes les injonctions diverses et variées à être performant*e, acti*f*ve, réussir et j’en passe. Il faudrait même réussir à être le*a malade le*a plus fun qui soit, positi*f*ve et photogénique. Trop d’activité, ce n’est pas bon, mais pas assez, ce n’est pas bon non plus… Et au milieu de tout ça, il faut que je bosse ou que j’essaye. Donc je fais ce que je peux…

Pendant ces mois, un autre processus m’a épuisée : Le deuil ! Soyons très clair, je ne regrette pas l’intervention dont une partie a été une hystérectomie (qui ne guérit pas de l’endométriose je l’ai écrit mille fois ici). Je ne regrette pas cet acte. Mais même si ce que je ressens n’est pas du regret, j’ai vraiment eu un processus de deuil douloureux ! C’est un organe, très chargé symboliquement et c’était le mien… J’y pensais tout le temps. Je marchais dans la rue et je pensais à la place vide qu’il a laissé. Récemment j’ai passé une échographie. Et l’échographe m’a dit « Ah oui c’est dur de se repérer car vous n’avez plus d’utérus » et pour une fois j’ai regardé les images. Il m’a montré les intestins qui ont remplacé le vide laissé. J’ai regardé les images grisées de mes ovaires qui sont elles toujours là. Et j’ai encaissé. Ah oui c’est donc bien vrai il n’est plus là. Mon amie Ludivine, la blogueuse Artemise parle beaucoup du deuil ( Blog Artemise. ). Elle écrit et  dit souvent que les rituels sont importants. J’ai écouté cette émission (Podcast Mortel) sur le deuil d’un humain mais je trouve que finalement les étapes se ressemblent que ce soit le deuil de la maternité, d’un prôche, ou de mon utérus. Du coup j’ai écouté Ludivine et  j’ai organisé mon rituel. J’étais en vacance en Espagne, je marchais dans la montagne et je pensais sans arrêt à mon utérus. J’ai trouvé quelques pierres et j’ai représenté mon utérus. Je lui ai lancé quelques fleurs jaunes pour le geste et j’ai rigolé en pensant à ma copine.

Et les choses ont effectivement bougé après ce geste. En fait j’ai finalement accepté que oui c’était une douleur *pour moi* de ne plus avoir d’utérus. Je ne regrette pas cet acte chirurgical nécessaire dans mon contexte médical mais oui ça fait mal de perdre un petit bout de soi, même invisible, même dans le fond de mon ventre. Je crois qu’en partie je me refusais cette douleur car je n’ai pas eu d’enfant, je ne suis pas mère. Mon utérus n’a pas servi. Quelle horreur de penser ainsi !…

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Mais oui, les préjugés c’est pernicieux ça te rentre dans la tête et ça te bousille la vie à ton insu ! Récemment à nouveau en vacance là bas, je suis passée voir mon utérus. Les pierres sont toujours là, mais éparpillées par le vent ? Les pieds des promeneurs ? Mais j’ai senti que oui ça allait mieux depuis que j’avais accepté que ça fait mal de perdre son utérus.

A suivre ! Prenez soin de vous

 

3 commentaires sur “Le deuil, le déni, et moi et moi et moi…

  1. Merci pour ta confiance et de te livrer ainsi. Le deuil de l’utérus n’est pas simple en effet que l’on soit mère ou non et selon aussi (j’ai l’impression) à ce qui y est ancré pour nous. Je suis heureuse de voir que tu as trouvé ton rituel apaisant et que tu prends des nouvelles régulièrement de ton utérus, le mien que tu as côtoyé me suit à l’atelier et veille sur ce nouvel espace vide prêt pour d’autres aventures. Cela me fait plaisir de voir que tu chemines en acceptant cette étape de deuil et je te rejoins ça fait super mal d’avoir perdu son utérus et pour ma part je rajouterai : mes ovaires tout pourris me manquent. Je t’embrasse fort et @ très vite

    • Merci pour ton commentaire! Je m’imaginais prête! Mais quelle arrogance de penser pouvoir anticiper ce que l’on va ressentir. Merci à toi. J’aime beaucoup ce rituel. Et ça a été super libérateur pour moi. J’ai mal à mon non-utérus. Enfant ou pas. mère ou pas, prête ou pas… Merci pour tout! Prend soin de toi.

      • Nous sommes connectées ! Je viens de publier un article sur mes douleurs neuropathiques liées à l’amputation de mon utérus, trompes et ovaire qui me font mal et je relie ça aux fameuses douleurs du membre fantôme après amputation. 😘

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